Notre travail
Nous évaluons les populations d'animaux sauvages et leur habitat dans les régions sauvages reculées du Parc National de la Salonga, afin d'assurer la protection des bonobos, des éléphants de forêt et d'autres espèces.
Les bonobos
Les bonobos sont étroitement apparentés aux humains.
Les bonobos se nourrissent des fruits, des fibres végétales et des feuilles de nombreux arbres, lianes et plantes herbacées. Ils dispersent les graines dans l'écosystème forestier et favorisent ainsi la régénération de la forêt.
Le bonobo (Pan paniscus), un grand singe en voie de disparition,
ne se trouve qu'en République Démocratique du Congo, au sud du fleuve Congo, où il vit dans les forêts tropicales denses du centre du pays.
Le bonobo et son espèce sœur, le chimpanzé, font partie des plus proches parents vivants de l'humanité, partageant 98,7 % de notre identité génétique. Contrairement aux autres grands singes, les bonobos offrent un modèle plus doux et plus égalitaire pour l'évolution humaine et nous rappellent notre potentiel d'empathie et de coopération. On pense que les bonobos ont une société matriarcale où des coalitions féminines peuvent gouverner. Vivant en grands groupes sociaux, les bonobos ont créé une société où la coopération atténue l'agressivité et la hiérarchie masculine.
Statute de conservation
Les populations de bonobos sont en déclin constant sur toute leur aire de répartition en raison du commerce illégal de viande de brousse et de la destruction de leur habitat.
De graves inquiétudes quant au déclin des populations de bonobos ont conduit des scientifiques du monde entier à créer en 1995 le premier plan d'action pour la conservation de l’espèce, qui recommandait d'explorer les sites potentiels de présence de bonobos à travers toute leur aire de répartition connue.
Les bonobos ont une silhouette gracile et des poils noirs foncés qui se séparent au milieu de leur tête. Grâce à leur centre de gravité bas, ils peuvent se tenir facilement debout.
Le Parc National de la Salonga était l'un des sites recommandés pour l'étude, un endroit si isolé que très peu de scientifiques l'avaient visité. Ce vaste parc se trouve au centre de l'aire de répartition de l'espèce.
Ce plan d'action a motivé la Zoological Society of Milwaukee (ZSM) à investir de nombreuses années (1997-2018) dans la Salonga afin de découvrir les populations de bonobos et de mettre en place des actions de conservation ciblées. En savoir plus à propos de nous.
Aujourd'hui, la SCI pérennise cette mission. Grâce à ces efforts, la Salonga est aujourd’hui reconnue comme le premier site au monde pour la conservation des bonobos.
La vie sociale des bonobos
Les bonobos vivent en grands groupes sociaux composés de mâles et de femelles d'âges différents.
Une caméra de surveillance a filmé un groupe de bonobos nombreux (et curieux !) avec plusieurs petits près de la station de recherche d'Etate dans le Parc National de la Salonga.
Cette vidéo est le résultat d'une collaboration avec le projet BonDiv (Bonobo Diversity), une étude visant à documenter la diversité des bonobos dans l'aire de répartition de l'espèce.
Écoutez les bonobos ici.
Parc National de la Salonga
Le bastion mondial des bonobos et le poumon de la planète.
Imaginez une mosaïque vivante : des rivières entrelacées, des marécages et des forêts primaires qui s'étendent à perte de vue.
C'est là que des mégafaunes telles que les bonobos et les éléphants de forêt coexistent depuis des millénaires.
Vous êtes dans le Parc National de la Salonga, en République Démocratique du Congo (RDC).
Plus grand parc tropical humide d'Afrique (33 000 km²), il s'étend sur une superficie équivalente à celle de la Belgique et englobe tout un écosystème de forêt primaire humide.
République Démocratique du Congo, Parc National de la Salonga
et aire de répartition du bonobo (Pan paniscus).
L'importance de la Salonga pour le Congo dépasse largement ses frontières et ses bonobos. La Salonga abrite les sources de sept grands réseaux fluviaux qui se jettent dans le puissant fleuve Congo. En tant que frayères pour les poissons, ces cours d'eau font vivre des millions de personnes en aval qui dépendent du poisson comme principale source de protéines. Les fleuves nourrissent la croissance luxuriante d'une immense forêt tropicale qui agit comme le poumon de la planète, produisant de l'oxygène et rétablissant l'équilibre atmosphérique. Lorsque la forêt de la Salonga s'est épanouie et diversifiée, elle a créé l'habitat idéal pour une grande diversité de mégafaunes, c'est-à-dire de grands animaux à longue durée de vie.
Dans ce labyrinthe d'eau et de canopée, les bonobos se nourrissent et jouent tandis que les éléphants de forêt se frayent un chemin à travers le sous-bois. La Salonga est leur sanctuaire, et une incarnation du patrimoine naturel du Congo.
Les bonobos sont une espèce phare et un indicateur important de la santé écologique de la Salonga.
La Salonga abrite environ 12 000 bonobos, soit potentiellement 60 % de la population mondiale,
et représente la plus grande étendue continue d'habitat protégé au monde. Cela fait de la Salonga le site de conservation le plus important pour cette espèce menacée.
Le Parc National de Salonga a été créé en 1970 et inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1984. Il est cogéré par l'Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN) - l'autorité congolaise chargée des
parcs - et le Fonds Mondial pour la Nature (WWF).
La SCI travaille en collaboration avec les cogestionnaires du parc sur le suivi des populations d'animaux sauvages, afin d’informer les stratégies de conservation urgemment nécessaires.
Photo de Yasuko Tashiro
Ce que nous faisons
Tous les éléments du travail de la SCI se combinent pour produire les données nécessaires aux organisations chargées des stratégies de conservation dans le Parc National de la Salonga.
Monitoring de la faune et recherche écologiques
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Les recensements de la faune sauvage sont indispensables pour bien cibler les actions de protection.
La Salonga est une immense réserve naturelle sans routes ni infrastructures, et son étendue rend difficile la surveillance des activités illégales par les écogardes. Les informations permettant de localiser les concentrations d'animaux et les zones de braconnage sont cruciales. C'est pourquoi les recensements de SCI sont si importants : ils contribuent à orienter les actions stratégiques.
La SCI est spécialisée dans le travail ardu que constituent les recensements de populations d'animaux sauvages, au cours desquels nous réalisons un comptage systématique des animaux ou de leurs traces dans une région spécifique du parc.
Les recensements révèlent :
La répartition et la densité des animaux dans une zone donnée.
Les menaces auxquelles ils sont confrontés.
L'habitat où vivent les animaux.
Où et quand les gestionnaires du parc doivent intervenir.
Les changements dans la densité ou la répartition des espèces depuis les recensements précédents.
L'efficacité des interventions de conservation précédentes.
Les facteurs environnementaux susceptibles d'influencer la densité ou la répartition des animaux.
Basés sur des méthodes scientifiques, nos rapports de terrain fournissent aux gestionnaires du parc des informations essentielles sur la répartition, l'abondance, l'habitat et les menaces pesant sur les animaux. Le suivi des changements dans la densité et l’abondance des populations animales au fil du temps peut servir de système d'alerte. Si les recensements détectent un changement dans la répartition des individus ou une augmentation des signes de braconnage dans une région, les gestionnaires peuvent prendre des mesures ciblées avant qu'une perte irréversible ne se produise.
Les recensements intensifs menés par la SCI ciblent principalement les espèces phares de la Salonga, les bonobos et les éléphants de forêt, bien que d'autres espèces soient également recensées. Ils sont déterminants pour identifier les zones de conservation des espèces. De même, ils permettent de localiser les zones de danger. Les équipes de rangers qui arpentent la forêt à la recherche de traces d'animaux enregistrent également le nombre et l'emplacement des traces de chasse, telles que les pièges, les cartouches de fusil et les camps illégaux.
Le recensement des animaux nécessite des compétences pointues, une rigueur scientifique et une excellente condition physique. Pour étudier un bloc forestier de 3000 km², les chercheurs congolais de la SCI peuvent parcourir jusqu'à 700 km (435 miles) en six mois à travers une forêt tropicale dense.
Depuis 2020, la SCI a réévalué quatre grands blocs forestiers couvrant environ 30 % de la superficie du parc afin de déterminer si des changements sont survenus au cours des huit à neuf années écoulées depuis leur dernier recensement.
La SCI transmet les données et les résultats de ses recherches à l'unité de gestion du parc de la Salonga, formée par les co-gestionnaires ICCN/WWF, qui les utilise conjointement à d’autres sources pour élaborer ses stratégies de conservation.
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Les bonobos ne sont qu'un fil parmi d'autres dans l'écologie complexe de la Salonga. Nous suivons également les éléphants de forêt qui se rassemblent dans des clairières appelées bais. Les bais, appelés localement « botoka ndjoku », sont une particularité importante de l'habitat de Salonga, et jouent un rôle essentiel dans la socialisation et l'écologie comportementale des éléphants. Des caméras placées sur les sentiers empruntés par les éléphants et dans le bai lui-même permettent de mieux comprendre à quel moment les éléphants se rendent au bai, la taille relative du rassemblement, les caractéristiques démographiques, la taille et la composition du groupe.
La SCI soutient un projet de suivi à long terme des bais au moyen de caméras de surveillance détectant le mouvement et la chaleur pour enregistrer la présence des éléphants. Nous avons accumulé plus de 500 000 images depuis 2018.
Un monitoring constant révèle les changements dans les habitudes des éléphants et dans leur utilisation des bais, et informe ainsi les gestionnaires du parc lorsque des perturbations se produisent.
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La SCI mène des recherches écologiques qui contribuent à l’évaluation de la faune sauvage et au suivi des populations. Par exemple, l’étude de la longévité des nids des bonobos et de la décomposition des crottes d'éléphants permet d'affiner la précision des estimations d’abondance de ces deux espèces.
Depuis 11 ans, la SCI enregistre quotidiennement les précipitations et les températures minimales et maximales à la station de recherche d'Etate. Ces données météorologiques indiquent les changements saisonniers susceptibles d'influencer les tendances écologiques. La SCI a récemment fait l'acquisition d'une station météorologique ATMOS automatisée (appartenant à l'université de Gand) qui permettra d'améliorer la précision et l'ampleur de la surveillance météorologique de la Salonga.
Gestion de la station de recherche d'Etate
La station de recherche d'Etate (Et-TAH-Tay) est la base opérationnelle de la SCI dans le Parc National de la Salonga.
Située sur la rivière Salonga, dans le bloc nord du parc, Etate est un ancien camp de braconniers découvert en 1997. Elle abrite aujourd’hui une équipe de chercheurs et les équipements d'une station de recherche, l'une des rares en RDC. Le site s'est développé au cours de la dernière décennie et peut aujourd’hui accueillir 13 scientifiques résidents qui travaillent sur le terrain tout au long de l'année. Etate dispose de deux maisons permanentes, d'une connexion Internet et d'un vaste inventaire d'équipements de terrain, de recherche et de transport, tous indispensables au fonctionnement autonome d'une station de terrain.
Cependant, Etate est plus qu'un ensemble de bâtiments et de personnes ; c'est un laboratoire naturel. La présence d'Etate a dissuadé les braconniers d'envahir la région pendant près de 30 ans, ce qui en fait une zone sûre pour la faune sauvage d'Etate.
Les terres qui l’entourent (1 000 km2) abritent environ 800 bonobos, l'une des plus fortes densités observées dans le parc, ainsi que 50 à 100 éléphants de forêt et une impressionnante variété d'autres espèces telles que le léopard, le buffle de forêt, sept espèces de singes, le pangolin géant, le paon du Congo, le bongo et le sitatunga, ainsi qu'un hippopotame. La faune sauvage d'Etate n'est pas habituée à la présence humaine et n’a pas été décimée par le braconnage.
Etate incarne la promesse de la SCI de multiplier à l'avenir les collaborations et les stages proposés aux étudiants congolais en Master/Doctorat désireux d’étudier la faune sauvage de la Salonga dans son état naturel. Etate est un modèle que nous espérons reproduire dans d'autres zones du parc.
Si les recensements réalisés appellent à agir de toute urgence aujourd'hui, la survie à long terme de la Salonga repose en grande partie sur l'interconnexion entre les populations locales et le Parc.
Etate s'appuie sur une relation de longue date avec les communautés locales, qui s’est construite depuis les débuts de la station il y a plus de 25 ans.
La SCI a tissé des liens solides avec les habitants riverains sous différentes formes: soutien éducatif, marché garanti et emploi.
La SCI soutient quatre écoles primaires (environ 400 élèves) qui ne reçoivent aucune aide de l'État car elles sont géographiquement isolées des grands centres urbains : la SCI fournit des allocations aux enseignants, des livres et du matériel.
Soutien à la communauté
Le programme, lancé en 2004, a fait son chemin : les premiers enfants scolarisés dans les écoles du village occupent aujourd'hui des rôles de responsables au sein des villages. De plus, la SCI soutient deux classes d'alphabétisation pour adultes (120 étudiants) dans les communautés voisines.
Les villages et la SCI ont mis en place un marché garanti dans le cadre duquel Etate achète de la nourriture pour ses résidents à un prix fixe. Ce marché génère plus de 10 000 dollars de revenus annuels pour les familles d'agriculteurs locales, et Etate obtient des fruits, des légumes et du poisson frais et nutritifs.
Etate a besoin de personnel de terrain, c'est-à-dire de personnes expérimentées dans le domaine forestier et capables de soutenir la recherche sur le terrain. Environ la moitié du personnel d'Etate provient des communautés voisines.
En gagnant en autonomie économique, éducative et professionnelle, les communautés pourront mieux contribuer au devenir du territoire qui constitue leur foyer.

